1 Comprendre la thérapie narrative
La thérapie narrative a été développée dans les années 1980 par Michael White (Australie) et David Epston (Nouvelle-Zélande). Elle propose une approche collaborative, respectueuse et non pathologisante, centrée sur les histoires que nous nous racontons sur nos vies.
L'idée centrale
Nous donnons du sens à notre expérience en l'organisant en récits. Ces histoires façonnent en retour notre identité et ce que nous croyons possible. Quand un récit dominant, saturé par le problème, prend toute la place, il masque d'autres histoires possibles, souvent plus porteuses. La thérapie narrative aide la personne à repérer ce récit, à le mettre à distance et à faire émerger un récit alternatif, plus proche de ce à quoi elle tient.
Un cadre postmoderne
L'approche s'inscrit dans un courant qui considère que le sens se construit socialement, à travers le langage et les relations. Il n'y a pas une seule vérité sur une vie, mais plusieurs lectures possibles ; le rôle du thérapeute est d'ouvrir de l'espace pour des lectures plus riches et choisies.
Publics, indications et niveau de preuve
L'approche s'emploie en individuel, en couple, en famille, en groupe et avec les enfants, dans des champs variés : anxiété, dépression, deuil, trauma, estime de soi, ou encore des contextes communautaires.
Un mot d'honnêteté sur les preuves : la thérapie narrative est surtout soutenue par la pratique clinique et des études qualitatives ; elle compte moins d'essais contrôlés randomisés que les TCC. Elle se conçoit volontiers en complément d'autres approches, et ne dispense pas d'évaluer la sécurité et les besoins de soin.
2 Les postulats de base
Quelques principes structurent toute l'approche et orientent la posture du thérapeute.
- Nous vivons selon nos récits. L'expérience est organisée en histoires qui sélectionnent certains événements et en laissent d'autres de côté.
- Récit dominant et récits alternatifs. Une histoire saturée par le problème peut en éclipser d'autres, tout aussi réelles, où la personne agit, résiste, tient à des valeurs.
- Le problème n'est pas la personne. On sépare l'un de l'autre pour pouvoir examiner le problème sans juger la personne.
- Les discours sociaux comptent. Ce qui est vu comme normal ou problématique dépend aussi de normes, d'attentes et de rapports de pouvoir extérieurs à la personne.
- La personne est l'experte de sa vie. Le thérapeute est décentré mais influent : il ne détient pas la vérité sur l'autre.
- Il existe toujours des exceptions. Le problème n'a jamais tout emporté ; ces moments sont des points d'appui.